Je tourne une page

Il y a un peu plus de 6 ans j’écrivais ici même que j’avais trouvé un CDI en tant que développeur Web. J’étais alors partagé entre le bonheur d’avoir réussi à trouver un emploi dans un domaine qui me plaisait et les doutes que m’inspiraient la société. Des doutes qui s’avèreront malheureusement fondés.

Je suis heureux -vraiment- que cette entreprise m’ait donné ma chance, autodidacte que je suis… Et j’en fut reconnaissant en m’investissant du mieux que je pu, de toutes mes forces. D’ailleurs j’en ai personnellement remercié le dirigeant pour m’avoir offert cette opportunité de montrer ce que je valais, mais pas pour le reste

En effet je quitte maintenant cette société car je n’en peut plus, je suis vidé, rincé. J’ai tout donné, au point que je me suis demandé si je souhaitais continuer dans ce domaine (le développement web). Domaine que j’ai mis des années et des années entières à trouver.

Cette société est une lessiveuse ; elle ruine toutes les bonnes volontés. Si vous avez un peu d’ambition et que vous n’êtes pas commercial, alors votre « espérance de vie » dans cette boite est de 2 ans. J’ai tenu 6 ans et je ne sais même pas comment. En partant aujourd’hui j’ai la désagréable impression d’avoir gâché mon temps.

Dans cette société rien ne vous incite, rien ne vous motive à vous investir. Et pourtant j’ai essayé, maso que je suis, travaillant le soir, pendant les week-end et même les vacances. Tâchant d’être force de proposition, d’innovation. Avec l’impression de porter des gens pour qu’ils aient la tête hors de l’eau.

Mais rien n’y a fait et au bout de 6 ans, lorsque j’ai manifesté ma lassitude, voici ce que j’ai eu comme réponse :

si t’es pas content tu peux partir

Très bien… alors ciao ! Et basta !

Vu l’investissement, vu la reconnaissance, il ne faut pas me le dire deux fois.

En 6 ans j’ai eu 3 jours de formation.  Plus de 2200 jours d’ancienneté pour 3 jours de formation… dans un domaine aussi dynamique que le développement web. Selon la vision des patrons : tant que je n’était pas en formation j’étais en production. Voilà. Allez comprendre la stratégie de cette société avec de telles réflexions.

J’ai dus batailler pour sauvegarder des parcelles de qualité. J’ai malgré tout fait de mon mieux pour transmettre mes connaissances et mes valeurs. Mais face à des dirigeants qui ne voient que leur portefeuille la lutte était vaine. Je capitule et m’en vais voir ailleurs.

En fait, il faut savoir que cette société fonctionne sur le one-shot. Et si cela ne suffisait pas, cette société tend inexorablement vers le low-cost. Dans un tel contexte, pour faire des sites Internet de qualité, il faut s’accrocher dur à son siège, très dur.

Les patrons de cette boite sont capables de venir dire à leurs employés que c’est la crise, qu’ils ne peuvent pas les récompenser, qu’il faut se serrer la ceinture « parce qu’on est une famille ». Et débarquer 15 jours plus tard au volant d’une Porshe GT3… La plupart des salariés sont juste au dessus du SMIC et cette bagnole coûte plus cher que mon appartement, mais ça ne les dérange pas.

Avec le temps, on se rend compte que les employés ne sont aux yeux de ces patrons que des pions. Leur seul souci est la rentabilité, leur compte en banque, leur train de vie, le fric, le pognon. Ils viennent pourtant du même milieu social que moi. Nouveaux riches de merde. Je préfère encore les bourgeois à eux.

Au début je pensais vraiment que ces personnes étaient courageuses. C’est vrai, ce n’est pas facile d’être entrepreneur par les temps qui courent. Mais en fait , ces gens ne sont pas courageux, c’est juste qu’ils n’ont honte de rien. Ils n’ont honte de rien et c’est là toute ma méprise. J’aurais pourtant dus m’en douter en voyant le modèle économique de leur entreprise. Je m’en veux pour ça.

Bon, pour être honnête et pour expliquer ce délire commercial, il faut savoir que ces dirigeants ne savent pas ce qu’ils vendent. Ils n’y comprennent rien. Ils vendent du site web comme ils pourraient vendre des aspirateurs, ou des chaussettes.

D’ailleurs ils fonctionnent comme les vendeurs d’aspirateurs des années 60. Je n’ai rien contre les vendeurs d’aspirateur des années 60, mais c’était dans les années 60 et c’était des aspirateurs que les mecs vendaient. Là, on parle de sites web, en 2013.

Malheureusement ils ne connaissent que ce mode de fonctionnement et sont incapables de se remettre en question.

Encore une fois, ils ne s’intéressent pas à leur produit, tout ce qui compte c’est les bénéfices. Par exemple, ces 4 dernières années je les ai passées à développer un CMS pour les clients. En 4 ans il n’y a pas un seul membre de l’équipe dirigeante qui a été foutu d’essayer ce CMS, ils ne savent même pas à quoi il ressemble ni ce qu’il fait. C’est pourtant utilisé par tous leurs clients, mais non, ça ne semble pas les intéresser.

L’important pour eux c’est de vendre. Vendre à tout prix. Ou plutôt  : vendre à n’importe quel prix. Peu importe ce qu’ils vendent. L’important pour eux c’est de vendre afin de dégager une marge. C’est la seule chose qui les intéressent.

Cette mentalité induit des réductions d’effectif et une augmentation de la cadence. Par exemple, il y a 6 ans, la société demandait aux graphistes de réaliser 6 chartes graphiques de site web par semaine, aujourd’hui les objectifs sont de 25 chartes par semaine !

Et si vous arrivez à en faire une 26ème vous avez 15 €… supeeeeeer ! En voilà de la motivation dis-donc…

Des objectifs de production dans la création de site web, on aura tout vu… C’est vous dire comme les dirigeants ne comprennent rien à ce qu’ils vendent. Imaginez-donc comment la qualité en prend un coup dans la gueule et comment les employés sont considérés. Même aux chinois sur-exploités on en demande pas tant. C’est complètement débile mais on as beau leur expliquer ils n’en ont rien à foutre !

Je m’énerve, mais avouez qu’il y a de quoi non ?

J’en ai fait des boites, mais des comme ça, jamais ! Cette société est dans le rouge depuis trois ans ; et pourtant les employés sont débordés de boulot. Où est le problème ?

Une société qui ne marche pas mais dont les employés sont débordés, où est le problème ? Et bien selon la direction dans le rendement, au lieu d’essayer d’augmenter les bénéfices ils vont essayer d’augmenter la production. Ils ne comprennent rien.

Remarquez que, pour comprendre quelque chose, il faudrait qu’ils s’y intéressent un peu. Mais j’ai bien peur que c’est trop leur en demander.

Bref.

On pourrait croire que je suis plein d’amertume, mais non. Bien au contraire, je retrouve enfin ma sérénité, ma liberté.

Je me devais juste d’en parler pour expurger et passer à autre chose. J’exprime simplement et malheureusement la réalité que mes anciens collègues vont devoir supporter.

Notez que je ne nomme la société…

Bon vent à ses dirigeants … sans rancune.

Et surtout bon courage à mes anciens collègues qui n’ont pas fini d’en chier…

Moi je m’en vais gaiement sur une nouvelle route qui s’ouvre à moi et j’en suis vraiment heureux.

 

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